Comment devenir technicien de l'intervention sociale et familiale (TISF)

Profession discrète du secteur social, le TISF agit pourtant là où la vie vacille : auprès des familles en crise et des personnes fragilisées qui ont besoin de retrouver leur autonomie.
Mis à jour le , publié en juillet 2024
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Par Istvan Drouyer

Souvent missionné par un juge des affaires familiales, un assistant social ou les services de protection de l'enfance, le technicien de l'intervention sociale et familiale intervient temporairement auprès des familles vulnérables. Ce professionnel restaure l'équilibre d'un foyer fragilisé par les aléas de la vie : perte d'emploi, maladie, deuil ou séparation.

Quel est le rôle d'un TISF ?

Le TISF accompagne temporairement les personnes et les familles confrontées à des difficultés ponctuelles, qu'il s'agisse de jeunes parents dépassés, de personnes âgées en perte d'autonomie ou de familles en situation de précarité.

Le soutien qu’il apporte n’est pas que matériel, il transmet des savoir-faire et développe les capacités d'autonomie des personnes aidées.

Ses missions quotidiennes l'amènent à :

  • accompagner les familles dans leurs démarches administratives et budgétaires
  • soutenir la fonction parentale par l'aide aux devoirs, l'organisation d'activités éducatives ou l'encadrement des droits de visite
  • préparer les repas et effectuer les courses alimentaires
  • assurer l'entretien courant du logement
  • orienter les personnes vers les dispositifs sociaux adaptés à leur situation
  • favoriser le maintien à domicile des personnes âgées ou en situation de handicap
  • rédiger des rapports de suivi destinés aux prescripteurs (juges, travailleurs sociaux, services de protection de l'enfance)

Quelle formation pour devenir TISF ?

Pour accéder au métier, vous devrez obligatoirement obtenir le diplôme d'État de technicien de l'intervention sociale et familiale (DETISF), délivré par le ministère de la Santé et de la Prévention. Cette formation de niveau bac s'effectue sur 18 à 24 mois et ne requiert aucun diplôme préalable. La seule condition à respecter : être âgé d'au moins 18 ans. Dans les faits, de nombreux candidats possèdent le baccalauréat.

L'admission s'effectue sur épreuves organisées par le centre de formation :

  • une épreuve écrite évaluant la culture générale et les capacités rédactionnelles
  • un entretien oral permettant d'apprécier les motivations et les aptitudes relationnelles du candidat (dispensé pour les titulaires du bac ou équivalent)

La formation alterne 950 heures d'enseignements théoriques et 1 050 heures de stages pratiques répartis sur 33 semaines. Vous pouvez suivre ce parcours en apprentissage, en contrat de professionnalisation, ou l'obtenir par la validation des acquis de l'expérience (VAE) si vous justifiez d'une pratique professionnelle dans le domaine de l'intervention sociale.

Les stages vous plongent dans des contextes familiaux très variés et vous confrontent rapidement à la pratique concrète de l'intervention. Si vous envisagez une reconversion, privilégiez un centre de formation qui prépare solidement aux aspects relationnels du métier.

Intervenir dans l'intimité de familles en difficulté demande des aptitudes humaines que peu de métiers mobilisent avec une telle intensité, et cette dimension peut surprendre les professionnels issus d'autres secteurs

.Renseignez-vous également sur les possibilités de financement auprès de votre employeur ou de France Travail, car le coût de la formation peut sensiblement différer selon l'organisme choisi. Inscrite au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles,) la formation de TISF pleinement éligible au CPF (Compte Personnel de Formation).

Devenez TISF

Quelles sont les qualités requises pour devenir TISF ?

Les compétences techniques s'acquièrent progressivement avec l'expérience, mais certaines qualités humaines essentielles doivent déjà faire partie de votre bagage avant d'entamer la formation.

Qualités humaines indispensables

En contact quotidien avec des publics vulnérables, vous devrez témoigner d'une écoute attentive et d'une empathie réelle afin de cerner leurs difficultés et de co-construire avec eux des solutions adaptées à leur projet de vie. Vous interviendrez dans des foyers où la détresse sociale côtoie parfois la souffrance psychologique, ce qui impose de savoir prendre du recul sans pour autant perdre votre sensibilité.

Vous devrez aussi faire preuve de patience car les situations que vous accompagnez ne se résolvent jamais en quelques jours et les personnes accompagnées ne réagissent pas toujours selon vos attentes.

Votre sens de l'organisation vous permettra de jongler entre plusieurs interventions dans la même journée, de passer d'un univers familial à un autre sans perdre le fil de chaque dossier. Face aux tensions qui peuvent émerger au sein des familles, vous devrez parfois endosser un rôle de médiateur, ce qui suppose une capacité à gérer les conflits avec tact et neutralité.

Sachez que vous travaillerez rarement seul : la collaboration avec d'autres professionnels du social (assistants sociaux, éducateurs spécialisés, psychologues) demande un véritable esprit d'équipe et une aptitude à partager les informations tout en respectant la confidentialité.

Compétences techniques incontournables 

  • maîtrise des outils informatiques et des logiciels bureautique de base pour assurer un suivi rigoureux des dossiers et rédiger des comptes rendus d'intervention
  • connaissance approfondie des dispositifs sociaux (aides financières, services d'accompagnement, structures d'hébergement) pour orienter efficacement les familles
  • compétences en gestion budgétaire pour aider les ménages à équilibrer leurs finances et prévenir le surendettement

Quel est le salaire d'un TISF ?

Les grilles salariales varient selon le statut de l'employeur et la convention collective appliquée.

  • En début de carrière, la rémunération s'établit entre 21 000 et 26 000 euros brut par an, soit environ 1 400 à 1 730 euros net par mois.
  • À partir de cinq ans d'ancienneté, le salaire évolue vers une fourchette de 26 000 à 31 000 euros brut annuels, ce qui correspond à 1 730 à 2 060 euros net mensuels.

Dans la fonction publique territoriale, l’évolution de la rémunération est nettement plus prévisible grâce aux grilles de carrière. À l’inverse, le secteur associatif présente des écarts salariaux plus hétérogènes, calés sur les moyens financiers de chaque structure.

Le salaire de base y est souvent complété par des variables : majorations pour les heures de nuit ou de week-end, et indemnités de transport. En zone rurale, l'importance des déplacements peut ainsi gonfler l'enveloppe globale grâce aux remboursements des frais kilométriques.

Les perspectives d'évolution pour votre carrière

Le secteur social valorise fortement la mobilité professionnelle et facilite les passerelles entre métiers grâce à des dispenses de formation. Votre diplôme de TISF constitue un tremplin reconnu pour accéder à d'autres professions de l'accompagnement, que ce soit dans la petite enfance, l'éducation spécialisée ou la protection juridique des personnes vulnérables.

Quelques pistes d’évolution possibles :

Votre futur environnement de travail

Votre activité s'exerce principalement au domicile des personnes accompagnées, avec de nombreux déplacements quotidiens entre plusieurs lieux d'intervention. Un véhicule personnel devient indispensable, surtout en zone rurale où les distances s'allongent considérablement.

La majorité des TISF travaillent pour des associations d'aide à domicile, mais d'autres structures recrutent : maisons de retraite, foyers d'accueil médicalisés, centres d'hébergement et de réinsertion sociale, ou services des caisses d'allocations familiales. Vous intervenez sur prescription de juges des affaires familiales, assistants sociaux, médecins de PMI ou services de protection de l'enfance, qui attendent de vous des comptes rendus réguliers.

Les horaires s'ajustent aux besoins des familles : interventions tôt le matin, en soirée ou le week-end. Cette amplitude peut peser sur votre équilibre personnel. Vous ne travaillez jamais isolé : des réunions de coordination avec l'équipe pluridisciplinaire ponctuent votre semaine pour échanger sur les situations complexes et ajuster les interventions.

Avantages et inconvénients

Les points forts et les contraintes de cette profession méritent d'être soulignés pour éclairer votre choix.

Avantages 

  • Impact concret sur la vie des familles : vous constatez directement les améliorations que votre accompagnement apporte, ce qui procure une satisfaction professionnelle rare dans beaucoup de métiers.
  • Diversité des interventions : chaque journée diffère de la précédente, avec des contextes familiaux variés qui vous préservent de toute routine.
  • Insertion professionnelle rapide : les besoins en recrutement restent soutenus, particulièrement dans les zones rurales et les territoires sous-dotés en travailleurs sociaux.
  • Accessibilité de la formation : l'absence de prérequis de diplôme facilite les reconversions professionnelles, même pour des profils éloignés du secteur social.

Inconvénients 

  • Amplitudes horaires contraignantes : les interventions matinales, tardives ou le week-end peuvent avoir tendance à compliquer l'articulation entre vie professionnelle et vie personnelle.
  •  Charge émotionnelle importante :  le TISF est fréquemment exposé à la détresse sociale, la violence intrafamiliale ou la précarité extrême.
  • Mobilité quotidienne exigeante : les déplacements entre domiciles représentent une part significative de votre temps de travail, avec une usure du véhicule personnel à anticiper.

5 conseils pour bien démarrer dans ce métier

Vous venez d'obtenir votre DETISF et vous vous apprêtez à débuter ? Voici quelques repères pour aborder sereinement vos premières interventions.

1. Prenez le temps d'observer avant d'agir

Lors de vos premières visites à domicile, résistez à la tentation de vouloir tout résoudre immédiatement. Laissez-vous le temps de comprendre la dynamique familiale, les habitudes du foyer et les attentes réelles des personnes. Cette phase d'observation vous évitera de proposer des solutions inadaptées ou de brusquer une famille qui a besoin de s'habituer à votre présence.

2. Apprenez à poser des limites claires dès le début

Certaines familles peuvent avoir tendance à vous solliciter en dehors de vos heures d'intervention ou à vous demander des services qui dépassent votre cadre d'intervention. Expliquez calmement mais fermement ce que vous pouvez faire et ce qui relève d'autres professionnels. Cette clarification préserve votre énergie et maintient un cadre professionnel sain.

3. Développez votre réseau de partenaires locaux

Identifiez rapidement les acteurs sociaux de votre territoire : assistants sociaux, services de la CAF, associations caritatives, centres sociaux. Avoir leurs coordonnées et connaître leurs modalités d'intervention vous permettra d'orienter efficacement les familles vers les bonnes ressources.

4. Prenez soin de votre propre équilibre

La charge émotionnelle de ce métier peut s'avérer lourde si vous ne mettez pas en place des soupapes de décompression : sport, activités culturelles, moments de détente. N'hésitez pas non plus à solliciter votre équipe ou votre responsable hiérarchique en cas de difficulté sur une situation particulière.

5. Formez-vous en continu sur les évolutions réglementaires

Les dispositifs sociaux, les aides financières et les procédures administratives changent régulièrement. Restez informé via les newsletters de votre employeur, les formations continues proposées ou les groupes professionnels en ligne. Cette veille vous garantit de donner des informations à jour aux familles que vous accompagnez.

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