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Peut-on devenir journaliste sans diplôme ?

Pas besoin de diplôme pour devenir journaliste, mais l’accès à la carte de presse est encadré.
Publié le
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Par Istvan Drouyer

Le métier de journaliste n'est pas une profession réglementée en France, et aucun diplôme n'est donc requis pour l'exercer légalement. Entre 2011 et 2021, entre un quart et un tiers seulement des nouveaux titulaires de la carte de presse avaient en poche un diplôme délivré par l'un des cursus reconnus par la Commission paritaire nationale de l'emploi des journalistes (CPNEJ), selon la CCIJP. La carte de presse, délivrée par cette même commission, marque la reconnaissance officielle du statut.

Reste à savoir ce que cela implique pour un parcours sans école de journalisme.

Journaliste sans diplôme : légal, mais pas si simple

Aucun texte de loi n'impose de diplôme pour exercer le métier de journaliste. N'importe qui peut légalement écrire, enquêter et publier sans avoir suivi le moindre cursus. Cette liberté explique pourquoi tant de profils atypiques peuplent les rédactions françaises.

La profession a toutefois construit son propre système de reconnaissance, indépendant de tout diplôme d'État. La Commission paritaire nationale de l'emploi des journalistes (CPNEJ) établit la liste des cursus reconnus. Cette liste est réexaminée tous les quatre ans, sur la base de plusieurs critères :

  • le contenu de la formation aux techniques professionnelles
  • l'enseignement de la déontologie
  • la présence d'un conseil pédagogique paritaire au sein de l'établissement
  • la diversité du recrutement des élèves
  • l'organisation de stages obligatoires en entreprise
  • le niveau d'insertion des diplômés

Une quinzaine de formations seulement figurent sur cette liste, sur près d'une centaine de cursus existants.

Cette reconnaissance ouvre un avantage pour les diplômés des cursus listés par la CPNEJ. Leur stage probatoire avant l'obtention du statut de journaliste titulaire est réduit de moitié, une année au lieu de deux. Un non-diplômé peut tout autant accéder à la carte de presse, mais il devra le faire sans ce raccourci.

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La carte de presse : un sésame, pas un diplôme

On mélange souvent les deux, surtout quand on vient d'un autre métier : la carte de presse récompense une activité réelle, le diplôme sanctionne une formation suivie. On peut obtenir la première sans jamais avoir décroché le second.

Les conditions pour l'obtenir

La CCIJP délivre la carte à toute personne qui exerce le journalisme comme activité principale et régulière, et qui en tire la majeure partie de ses revenus. Aucune mention de diplôme ne figure parmi les critères d'attribution. Un pigiste sans formation initiale peut donc obtenir sa carte au même titre qu'un diplômé d'école reconnue, dès lors qu'il remplit ces conditions d'activité.

Le dossier de première demande passe devant une commission paritaire composée à parts égales de représentants des employeurs et des journalistes. Elle examine notamment :

  • les bulletins de salaire des douze derniers mois
  • les piges facturées, avec le détail des rédactions concernées
  • la nature des publications, pour vérifier qu'elles relèvent bien de la presse
  • la part des revenus tirée de l'activité journalistique par rapport aux autres sources de revenus

Ce qu'elle change au quotidien

La carte donne accès aux lieux réservés à la presse : conférences, zones protégées, événements officiels. Elle ouvre aussi des droits sociaux propres au statut de journaliste professionnel, ainsi qu'un accès facilité à la formation continue via l'Afdas.

Elle doit être renouvelée chaque année, ce qui implique de justifier à nouveau d'une activité journalistique suffisante. Un journaliste sans diplôme qui obtient sa carte bénéficie donc des mêmes droits qu'un diplômé, à l'exception du stage probatoire raccourci réservé aux cursus reconnus par la CPNEJ.

La pige, porte d'entrée la plus réaliste sans école

Sans passer par une école, la pige reste la voie la plus accessible pour entrer dans le métier. Le pigiste facture ses articles à plusieurs rédactions plutôt que d'être salarié d'une seule, ce qui laisse une place aux profils qui construisent leur crédibilité au fil de leurs publications.

Commencer par des piges ne demande ni concours ni dossier de candidature classique, mais la facilité s'arrête là. Il faut convaincre un rédacteur en chef déjà sollicité par des dizaines de propositions, essuyer des silences ou des refus, et souvent accepter des tarifs serrés le temps de faire ses preuves. Chaque article publié compte ensuite pour décrocher la commande suivante.

La pige n'est pas qu'un sas d'attente avant un poste salarié. De nombreux journalistes en font une activité durable, parfois par choix, parfois parce qu'elle correspond mieux à leur façon de travailler ou aux sujets qu'ils souhaitent traiter.

Pour transformer des piges en carte de presse, il faut justifier d'une activité régulière et de revenus tirés majoritairement du journalisme. Les premiers mois demandent souvent de cumuler plusieurs rédactions pour atteindre ce seuil, avant de pouvoir se concentrer sur des collaborations plus stables.

Faire reconnaître une expérience professionnelle antérieure

Certaines rédactions spécialisées misent moins sur le diplôme de journalisme que sur la connaissance fine d'un secteur. La presse juridique embauche volontiers d'anciens avocats capables de décortiquer un texte de loi. La presse santé fait de même avec des médecins qui distinguent une étude sérieuse d'une communication marketing déguisée.

Cette logique dépasse la presse professionnelle. Dans l'audiovisuel, un sportif reconverti apporte une lecture technique qu'un généraliste n'aurait pas acquise sans des années de pratique sur le terrain.

La bascule vers le journalisme se fait souvent progressivement. On commence par des piges ponctuelles dans son domaine d'origine, en parallèle de son activité principale, avant de passer complètement au journalisme une fois la carte de presse obtenue. Les organismes de formation continue, notamment via l'Afdas, accompagnent cette transition pour combler les lacunes en écriture journalistique ou en déontologie.

Cette reconversion n'a pas d'âge limite. Des correspondants locaux de presse, sans statut de journaliste au moment de leurs débuts, finissent parfois par intégrer une rédaction à temps plein après plusieurs années de collaboration régulière.

Écoles reconnues par la profession : ce qu'apporte le label CEJ

La Commission paritaire nationale de l'emploi des journalistes (CPNEJ) reconnaît aujourd'hui une quinzaine de cursus, sur près d'une centaine de formations qui préparent au journalisme en France. Cette reconnaissance résulte d'un examen approfondi : contenu pédagogique, enseignement de la déontologie, diversité du recrutement, qualité du corps enseignant et niveau d'insertion des diplômés.

Passer par l'un de ces cursus reconnus reste minoritaire dans la profession. Selon la CCIJP, entre un quart et un tiers des nouveaux journalistes ayant demandé une carte de presse entre 2011 et 2021 avaient obtenu un diplôme dans l'une de ces écoles labellisées. Les autres ont construit leur parcours autrement, par la pige, la formation continue ou la reconversion depuis un autre métier.

L'avantage principal du label CPNEJ tient à la durée du stage probatoire. Un diplômé d'école reconnue accède au statut de journaliste titulaire après un an, contre deux ans pour les autres profils. Ce raccourci ne garantit toutefois ni l'embauche ni la carte de presse, qui restent conditionnées à une activité professionnelle réelle.

Choisir une école reconnue a donc du sens pour qui vise cette réduction de délai et le réseau que ces établissements offrent souvent. Mais l'absence de ce passage ne ferme aucune porte : la majorité des journalistes en exercice aujourd'hui en sont la preuve.

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