CPF : bientôt un algorithme pour juger vos projets de formation ?
Une note interne du ministère du Travail, envoyée à plusieurs organismes de formation et révélée par Les Echos, dessine les contours d'une future réforme du compte personnel de formation (CPF). L'idée n'est pas de remettre en cause ce droit individuel, mais de mieux relier chaque formation achetée à un véritable projet professionnel.
Un glissement voulu par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, qui rapproche un peu plus le CPF d'un compte professionnel que d'un compte réellement personnel, quitte à dénaturer l'esprit du dispositif.
Un objectif affiché : recentrer le CPF sur les projets professionnels
Le ministère souhaite faire évoluer le CPF d'une logique où l'on finance des formations vers une logique où l'on accompagne des parcours. En clair, chaque titulaire devra désormais montrer que la formation visée s'inscrit dans une trajectoire cohérente, et pas seulement dans une envie ponctuelle de se former.
Cette ambition n'est pas nouvelle. Cet été, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, avait déjà évoqué l'idée de vérifier la pertinence des achats CPF par rapport aux besoins du marché du travail. Sa première piste, un contrôle préalable confié à l'employeur ou à un conseiller en évolution professionnelle (CEP), avait suscité de vives réticences dans le secteur de la formation. La version rapportée par Les Echos prend une autre tournure.
Un questionnaire avant chaque achat de formation
Plutôt qu'un tiers de confiance chargé de valider ou non le projet, le gouvernement mise sur un questionnaire, présenté comme simple, que chaque titulaire devra remplir avant d'utiliser ses droits. Il y précisera ses objectifs, les débouchés envisagés et le lien avec son parcours. Un algorithme analysera ensuite ces réponses pour évaluer, selon les termes de la note, la maturité du projet.
Deux scénarios se dessinent alors, selon le résultat de cette évaluation :
- Le projet est jugé cohérent : le titulaire mobilise librement ses droits CPF, sans étape supplémentaire. L'accès reste libre aussi bien quand l'algorithme valide le projet que dans certains cas prévus à l'avance : formation préconisée par France Travail pour un demandeur d'emploi, financée en partie par l'employeur pour un salarié, ou menant à un métier en tension.
- Le projet est jugé fragile : le titulaire est orienté vers un conseiller en évolution professionnelle (CEP), dont le rôle reste purement consultatif : il ne pourra ni autoriser ni bloquer la formation choisie. Le titulaire garde la liberté de refuser ce rendez-vous, mais ce refus a un prix : le reste à charge de 150 euros, serait alors majoré, selon des modalités à définir par décret.
Une réforme qui doit encore passer par la loi
Le ministère annonce vouloir inscrire cette réforme dans le projet de loi de finances 2027, avec un objectif d'économies évalué à 300 millions d'euros. Rien n'est donc figé à ce stade : ni le fonctionnement précis de l'algorithme, ni le montant exact du reste à charge majoré, ni le calendrier de mise en œuvre.
Reste une question de fond : comment un algorithme peut-il juger de la pertinence d'un projet professionnel ? Un changement de métier ne se résume pas à une suite de cases cohérentes sur un formulaire, et une reconversion atypique n'est pas nécessairement un projet mal construit. Sans phase de test annoncée à ce jour, la manière dont cet outil sera calibré, et sur quels critères, reste entièrement à démontrer.
©maurice norbert - stock.adobe.dcom
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