Comment devenir pilote de chasse
Passionnés par l'aéronautique et attirés par les valeurs de l'armée, les pilotes de chasse réalisent des missions spécifiques sur une base aérienne opérationnelle en vue de défendre et de garantir la protection de la France et de ses concitoyens, sur le territoire national comme à l'étranger.
Quel est le rôle d’un pilote de chasse ?
On imagine souvent le pilote de chasse seul dans son cockpit. En réalité, une grande partie du métier se passe au sol : préparation des missions, briefings, débriefings, entraînements sur simulateur. Relié à un escadron sur une base aérienne opérationnelle, le pilote de chasse conduit des missions aériennes à bord du Rafale ou du Mirage 2000 : surveillance du territoire, opérations extérieures, interception d’aéronefs non conformes.
Ses missions au quotidien :
- Préparer chaque mission au sol (étude de l’environnement aérien, définition des tactiques, briefing d’escadron)
- Piloter son appareil lors d’opérations de combat, de dissuasion, d’appui au sol ou de reconnaissance
- Surveiller l’espace aérien national et identifie tout aéronef suspect ou non autorisé
- Coordonner ses actions avec les autres équipiers de l’escadron en vol
- Maîtriser et contrôle les systèmes embarqués (radar, missiles, équipements laser)
- Analyser ses missions en débriefing et rédige les comptes-rendus opérationnels à sa hiérarchie
Quelle formation pour devenir pilote de chasse ?
Pour devenir pilote de chasse au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace, il faut d’abord remplir plusieurs conditions d’accès :
- Être de nationalité française et avoir moins de 27 ans à la date de signature du contrat
- Posséder au minimum le baccalauréat (tous les bacs sont acceptés, mais le bac général reste conseillé pour le niveau d’anglais et de sciences requis en formation)
- Avoir une vue à 10/10 binoculaire, avec ou sans correction (la chirurgie réfractive est acceptée sous certaines conditions)
- Mesurer entre 1,60 m et 1,96 m, une contrainte liée aux dimensions du siège éjectable
- Avoir un casier judiciaire vierge et réussir le test d’aptitude médicale militaire SIGYCOP
Une fois ces conditions remplies et la sélection réussie, la formation se déroule en plusieurs phases sur une durée de 3 à 5 ans selon la filière. Elle est entièrement financée et rémunérée par l’armée dès le premier jour :
- Une formation militaire initiale de 12 semaines à l’École de l’Air de Salon-de-Provence, commune à tous les élèves officiers
- Une instruction théorique du personnel navigant au CFAMI (base aérienne 701 de Salon-de-Provence), suivie des premiers vols sur Cirrus SR20
- Un tronc commun sur Grob 120 à la base aérienne 709 de Cognac
- Une spécialisation chasse sur PC-21 à la base aérienne 709 de Cognac, qui aboutit à l’obtention du brevet de pilote de chasse
- Une phase de transformation opérationnelle en unité, au cours de laquelle le pilote se qualifie sur Rafale ou Mirage 2000
La Marine nationale propose également une filière via l’EOPAN (École des Officiers Pilotes de l’Aéronautique Navale), avec un parcours similaire permettant d’évoluer depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle.
Avant de candidater, une visite médicale préalable au Centre d’Expertise Médicale du Personnel Navigant (CEMPN) est possible hors concours. Elle permet de vérifier son aptitude sans attendre la sélection officielle.
Comment se déroulent les épreuves de sélection ?
La sélection est très sélective et se compose de cinq épreuves distinctes.
Les tests psychotechniques
Une batterie de tests évalue les aptitudes logiques, verbales et de traitement de l’information. Ils mesurent notamment la capacité du candidat à gérer plusieurs informations simultanément, une aptitude indispensable en cockpit. L’armée met à disposition une plateforme en ligne pour s’y préparer.
L’épreuve d’anglais (test de Chambéry)
Il s’agit d’un QCM en anglais écrit qui permet d’évaluer la compréhension écrite du candidat. La langue de Shakespeare est utilisée dans le cadre des opérations extérieures et durant plusieurs phases de formation.
Les épreuves sportives
Le Luc Léger teste l’endurance cardiorespiratoire, le Killy l’endurance musculaire et la résistance mentale. Une évaluation de force vient compléter ces deux épreuves, sur tractions pour les hommes et sur poulies pour les femmes. Ces trois épreuves sont éliminatoires.
La visite médicale
L’aptitude est évaluée selon le référentiel SIGYCOP, qui note sept fonctions physiologiques sur une échelle de 1 à 6. Plus le score est bas, meilleure est l’aptitude. La morphologie est également vérifiée, notamment la longueur du fémur, pour garantir la compatibilité avec le siège éjectable.
L’entretien de motivation
Il se déroule en présence de deux personnels navigants et d’un officier du service de psychologie. Le candidat y présente son parcours, ses motivations et son projet au sein de l’armée. Avoir une connaissance précise des escadrons, des appareils et des bases aériennes est un atout lors de cet entretien.
Pour mettre toutes les chances de son côté, il est conseillé de préparer les épreuves sportives plusieurs mois à l’avance et de maintenir un niveau d’anglais solide. Le site devenir-aviateur.gouv.fr recense les outils officiels de préparation aux tests psychotechniques.
Quelles sont les qualités requises pour devenir pilote de chasse ?
Pour piloter un avion de combat en conditions opérationnelles, l’armée de l’Air et de l’Espace sélectionne des profils précis, aussi bien sur le plan physique que mental.
Qualités humaines indispensables
Le pilote de chasse doit avant tout faire preuve d’un sang-froid à toute épreuve. En mission, il est confronté à des situations à haute intensité qui ne laissent pas de place à l’hésitation. Il doit également être capable de prendre des décisions rapides et adaptées, parfois en quelques secondes.
Sa rigueur est une autre qualité fondamentale : chaque mission obéit à des protocoles stricts qu’il ne peut pas se permettre de négliger. Le sens du collectif est tout aussi important, car il évolue en permanence au sein d’un escadron, que ce soit au sol ou en vol.
Enfin, il fait preuve d’une grande capacité d’adaptation, que ce soit lors d’un changement d’appareil ou d’un déploiement en opération extérieure.
Compétences techniques incontournables
- Maîtrise des systèmes d’armes et des équipements embarqués (radar, missiles, systèmes laser)
- Lecture tactique de l’espace aérien et identification des menaces en temps réel
- Anglais opérationnel, exigé dès la sélection et utilisé en OPEX et avec les partenaires OTAN
Compétences techniques complémentaires
- Analyse des données de vol et rédaction des comptes-rendus de mission
- Maintien d’une condition physique certifiée tout au long de la carrière
- Connaissance des protocoles de communication et des règles d’engagement OTAN
Quel est le salaire d’un pilote de chasse ?
Dans l’armée de l’Air et de l’Espace, on ne parle pas de salaire mais de solde. Celle-ci est fixée selon le grade du pilote et évolue à chaque avancement.
- En début de carrière : De 1 328 € nets par mois au grade d’élève officier à 2 636 € nets par mois au grade de sous-lieutenant, qui correspond au premier grade opérationnel.
- Avec l’expérience : Environ 4 600 € bruts par mois au grade de lieutenant, avant ajout des primes et indemnités liées aux missions
Le grade est le principal facteur qui détermine le montant de la solde de base. À cela s’ajoutent des primes liées aux opérations extérieures, qui viennent compléter la rémunération lors des déploiements. Les pilotes bénéficient également d’avantages en nature : hébergement gratuit sur base ou aide au logement, réduction SNCF de 75 % et 45 jours de permissions par an.
Les perspectives d’évolution d’un pilote de chasse
La carrière d’un pilote de chasse est bornée dans le temps. Le contrat initial est de 10 ans, renouvelable, pour une durée totale d’environ 20 ans dans la fonction de navigant. Ce cadre n’empêche pas une progression significative tout au long de la carrière.
Au sein de l’escadron, le pilote peut devenir instructeur sur appareil ou sur simulateur, puis accéder à des responsabilités de commandement comme chef de cellule, commandant d’escadrille ou chef des opérations. Les profils les plus confirmés évoluent vers des postes d’état-major, où ils contribuent à la planification et à la stratégie opérationnelle sans nécessairement voler.
En fin de carrière, la reconversion vers l’aviation civile est une voie fréquente. Les heures de vol militaires sont reconnues, et de nombreux anciens pilotes de chasse intègrent les compagnies aériennes comme pilotes de ligne. Peu de parcours offrent ce niveau de qualification à la reconversion.
Votre futur environnement de travail
En dehors des périodes d'opération extérieure, votre quotidien se déroule sur l'une des cinq bases dotées d'avions de chasse en France : Saint-Dizier, Orange, Luxeuil, Mont-de-Marsan ou Nancy. Le rythme y est structuré par les entraînements en vol, les séances sur simulateur et les obligations physiques. Vous travaillez et vivez avec les mêmes personnes, ce qui crée des liens solides au sein de l'escadron.
Les déploiements en opération extérieure changent considérablement ce cadre. Pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, vous évoluez dans des environnements géographiques et opérationnels très différents de votre base habituelle, avec des règles d'engagement plus contraignantes et une pression quotidienne nettement plus forte. Ces absences prolongées font partie des réalités du métier et sont prévues dès la signature du contrat.
Avantages et inconvénients du métier de pilote de chasse
Ce métier implique un engagement total envers l’État, avec ce que cela suppose comme contraintes mais aussi comme avantages peu communs.
Avantages
- Une formation entièrement financée et rémunérée : du premier jour à l’École de l’Air jusqu’à l’obtention du brevet, l’armée prend en charge l’intégralité du parcours. Aucun investissement personnel n’est demandé, ce qui distingue cette voie de la quasi-totalité des filières aéronautiques civiles.
- L’accès à des technologies uniques : piloter un Rafale ou un Mirage 2000, utiliser des systèmes d’armes de dernière génération, participer à des exercices avec les partenaires OTAN. Autant d’expériences inaccessibles en dehors du cadre militaire.
- Une reconversion facilitée en fin de carrière : les heures de vol accumulées et le niveau de qualification atteint ouvrent des portes dans l’aviation civile que peu de parcours permettent d’atteindre aussi directement.
Inconvénients
- Des contraintes médicales permanentes : une inaptitude médicale survenant en cours de carrière met fin au statut de navigant, parfois du jour au lendemain. Le pilote peut rester dans l’armée mais ne vole plus.
- Une mobilité géographique imposée : l’affectation dépend du classement et des besoins de l’armée. Vos préférences personnelles ne rentrent pas toujours en ligne de compte.
- Des absences pesantes sur la vie familiale : les déploiements en OPEX, les exercices prolongés et les contraintes de la vie de garnison rendent l’organisation de la vie personnelle et familiale particulièrement complexe.
© Dave Willman - stock.adobe.com