Comment devenir astronaute - MaFormation

Comment devenir astronaute

Chaque décennie, l'ESA (agence spatiale européenne) ouvre ses portes à une poignée d'élus. En 2022, cinq titulaires sur plus de 22 500 candidats : des profils rares, portés par une ambition scientifique et une rigueur que peu de personnes peuvent revendiquer.
Mis à jour le , publié en septembre 2021
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Par L'équipe MaFormation

Piloter un vaisseau spatial, conduire des expériences scientifiques en impesanteur, représenter son pays à bord de la Station spatiale internationale : le métier d'astronaute cumule des exigences hors normes. Si la sélection opérée par les agences spatiales reste l'une des plus sévères au monde, le parcours pour y accéder est balisé, à condition d'orienter ses études et sa carrière vers les disciplines que les agences spatiales recherchent.

Quel est le rôle d'un astronaute ?

Derrière les images spectaculaires des sorties extravéhiculaires se cache un quotidien largement terrestre : la majorité du temps d'un astronaute se passe en formation, en entraînement et en soutien technique aux programmes de vols habités. Dans la peau d'un astronaute de l'ESA, vous serez amené à :

  • piloter ou co-piloter un vaisseau spatial et participer aux opérations de rendez-vous orbital
  • réaliser des séjours de longue durée à bord de la Station spatiale internationale (ISS)
  • conduire des expériences scientifiques en impesanteur (biologie, physique des fluides, médecine spatiale...)
  • assurer le montage, l'activation et le contrôle des modules et équipements arrivant en orbite
  • maintenir ses compétences physiques, techniques et intellectuelles en continu sur Terre
  • promouvoir les activités spatiales et les programmes de l'ESA auprès du grand public et des institutions
  • participer, en tant que sujet volontaire, à des expériences médicales liées aux effets de l'apesanteur

Quelle formation pour devenir astronaute ?

Il n'existe pas de cursus labellisé « formation astronaute » : c'est après une carrière scientifique, technique ou militaire de haut niveau que l'on peut prétendre à une sélection. Le niveau d'études exigé est élevé et non négociable.

Conditions d'accès à l'ESA (critères cumulatifs) :

  • être citoyen d'un pays membre de l'ESA (22 États, dont la France)
  • être âgé de 27 à 50 ans (estimation liée aux exigences académiques et professionnelles, aucun âge minimum officiel n'est fixé par l’ESA)
  • être titulaire d'un master ou d'un diplôme d'ingénieur, ou être pilote d'essai certifié
  • avoir au minimum trois ans d'expérience professionnelle dans son domaine
  • parler couramment anglais ; la maîtrise d'une seconde langue constitue un avantage
  • satisfaire aux tests médicaux, physiques et psychologiques imposés lors de la sélection

Bac +5 (niveau requis minimum) :

  • Master en sciences naturelles : physique, sciences de la Terre, biologie, médecine, mathématiques ou informatique
  • Diplôme d'ingénieur, toutes spécialités confondues
  • Doctorat dans l'une de ces disciplines (atout pour la sélection, non obligatoire)
  • Diplôme de pilote d'essai ou d'ingénieur de vol délivré par une école certifiée (EPNER en France, ETPS au Royaume-Uni, ou équivalent)

Une fois sélectionnés par l'ESA (à l'issue d'un processus en six étapes, les nouveaux astronautes rejoignent le Centre européen des astronautes (EAC) de Cologne pour une formation initiale d'un an. Elle comprend trois phases progressives couvrant les connaissances théoriques, les entraînements physiques (dont la centrifugeuse) et les simulations de mission.

Les candidats issus de l'armée ou du pilotage - comme Thomas Pesquet, ancien pilote de ligne, ou Sophie Adenot, pilote d'essai, astronaute et colonelle de l'armée de l'air - partent souvent avec un avantage sensible lors de la sélection. La formation à distance n'est pas applicable à ce métier : l'entraînement physique, les simulations en piscine de microgravité et les sessions en centrifugeuse exigent une présence sur site permanente. En revanche, les candidats en reconversion depuis une carrière scientifique ou militaire constituent un profil fréquent et bienvenu à l'ESA.

Quelles sont les qualités requises pour devenir astronaute ?

Piloter, expérimenter, communiquer, résister : les exigences de ce métier vont bien au-delà des compétences scientifiques affichées sur un CV.

Qualités humaines indispensables

Travailler en équipe restreinte pendant des mois confinés à bord de l'ISS (station spatiale internationale) exige une intelligence relationnelle peu commune. La capacité à gérer les tensions, à s'adapter à des personnalités très différentes et à maintenir des relations professionnelles sereines dans un espace clos fait partie des critères évalués dès la sélection.

La résistance au stress et à la pression notamment lors du décollage, des pannes ou des situations d'urgence) est tout aussi déterminante. À cela s'ajoute une patience à toute épreuve : les opportunités de vol sont rarissimes et les délais d'attente entre sélection et première mission se comptent souvent en années. La rigueur et la polyvalence complètent ce tableau, car un astronaute doit être capable de passer d'une tâche scientifique à une intervention technique sans temps d'adaptation.

Compétences techniques

  • Maîtrise des systèmes de navigation et de pilotage spatiaux
  • Connaissances avancées en sciences expérimentales (biologie, physique, médecine)
  • Pratique courante de l'anglais en contexte professionnel et opérationnel

Compétences techniques complémentaires

  • Notions de mécanique orbitale et de physique spatiale
  • Maîtrise d'une ou plusieurs langues étrangères (russe apprécié à l'ESA)
  • Aptitudes en communication publique et en représentation institutionnelle

Quel est le salaire d'un astronaute ?

La rémunération des astronautes de l'ESA est fixée par un barème commun à plusieurs grandes organisations internationales, indépendant du marché privé et révisé périodiquement.

  • Niveau débutant (grade A2) : entre 93 470 et 103 940 euros bruts par an (soit 6 200 à 6 900 euros net par mois)
  • À partir de la validation de la formation initiale (grade A3) : entre 114 415 euros et 127 880 euros brut par an (soit 7 650 à 8 500 euros net par mois)

Le grade progresse selon deux critères : la validation de la formation initiale (A2 vers A3) et la réalisation d'un premier vol spatial (grade A4 : entre 8 900 et 9 800 euros net mensuels). La situation familiale joue également un rôle, l'ESA appliquant des majorations pour les astronautes mariés ou ayant des enfants à charge.

À ces montants s'ajoutent des avantages significatifs : exonération d'impôt sur le revenu, assurance santé mondiale, prise en charge des frais de déménagement et de scolarité des enfants. Des primes liées à la dangerosité et à la durée des missions sont versées, mais leur montant reste confidentiel.

Les perspectives d'évolution pour votre carrière

L'expérience accumulée au fil des missions et des entraînements débouche sur des perspectives variées, bien au-delà du seul secteur spatial.

Après un premier vol, un astronaute peut se voir confier le commandement d'une mission ou d'un module de l'ISS, avec des responsabilités accrues sur l'ensemble de l'équipage. Au sein même des agences spatiales, des postes de direction s'ouvrent naturellement : chef de programme, responsable de la planification des missions ou directeur d'un département scientifique.

Pour les profils issus de l'armée, un retour dans les forces aériennes à un niveau hiérarchique élevé constitue une voie fréquente. Les anciens astronautes sont également très recherchés dans la recherche et l'enseignement, que ce soit en laboratoire universitaire ou en école d'ingénieurs. L'essor du secteur spatial privé ouvre par ailleurs de nouvelles perspectives pour les profils expérimentés issus des agences publiques, même si cette tendance reste pour l'heure plus marquée aux États-Unis qu'en Europe.

Votre futur environnement de travail

L'astronaute travaille dans deux univers radicalement différents selon la phase de sa carrière. Sur Terre, vous alternerez entre le Centre européen des astronautes à Cologne, le Centre de formation de la NASA à Houston et la base de lancement de Baïkonour au Kazakhstan. Les journées s'organisent entre séances en piscine de microgravité, simulations de mission, briefings scientifiques et préparations médicales. Les déplacements s'enchaînent entre trois continents et les absences se comptent en mois, non en semaines : c'est une réalité que peu de familles anticipent pleinement avant d'y être confrontées.

À bord de l'ISS, vous évoluerez dans un espace confiné d'environ 916 m² de volume habitable, en présence de cinq à sept collègues de nationalités différentes. Le silence de l'espace contraste avec le bruit continu des systèmes de ventilation et de recyclage d'air. Les journées de travail durent dix heures, entrecoupées de séances quotidiennes de sport indispensables pour contrer les effets de l'apesanteur. Claustrophobie et besoin de solitude sont incompatibles avec ce quotidien.

Avantages et inconvénients du métier

Le métier d'astronaute cumule des atouts exceptionnels, mais le revers de la médaille existe et il vaut mieux en avoir conscience dès le départ.

Avantages :

  • Une expérience humaine et scientifique unique au monde. Participer à des expériences menées en impesanteur, observer la Terre depuis l'orbite et contribuer à l'avancée des connaissances scientifiques constituent des expériences inaccessibles dans toute autre profession.
  • Des avantages financiers et sociaux significatifs. Au-delà du salaire, l'ESA prend en charge un grand nombre de frais et exonère ses astronautes de l'impôt sur le revenu national.
  • Des débouchés solides après la carrière spatiale. Les compétences acquises sont valorisées dans de nombreux secteurs : recherche, défense, industrie spatiale privée, enseignement.

Inconvénients :

  • Un accès quasi impossible. L'ESA n'ouvre des campagnes de recrutement que de façon épisodique, avec des milliers de candidats pour une poignée de postes.
  • Des contraintes personnelles et familiales très lourdes. Déplacements permanents, confinement prolongé lors des missions, impossibilité de rentrer en cas d'urgence familiale.

Astronaute, cosmonaute, spationaute : quelles différences ?

La terminologie varie selon la nationalité et l'époque. « Cosmonaute » désigne les voyageurs spatiaux russes (Roscosmos) et reste utilisé aujourd'hui. « Astronaute » est le terme générique de la NASA et de l'ESA. « Spationaute » est une appellation franco-française, parfois utilisée pour les membres du corps astronautique français, bien que l'ESA emploie officiellement le terme astronaute. « Taïkonaute » désigne les voyageurs spatiaux chinois (CNSA). Ces appellations recouvrent le même métier, exercé sous des autorités spatiales nationales distinctes. À ne pas confondre avec l'astronome, dont l'activité se déroule entièrement sur Terre : il observe et analyse les astres à l'aide de télescopes, sans jamais quitter l'atmosphère.

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