Comment devenir orthoptiste
Spécialiste de la rééducation des yeux, particulièrement pour les enfants, l’orthoptiste évalue la vision des patients qui lui sont adressés par le généraliste, l’ophtalmologiste, l’ORL ou le pédiatre. Véritable kinésithérapeute des muscles oculaires, ce professionnel de la santé épaule ses patients pour réduire ou rééduquer leur déficience visuelle.
Quel est le rôle d'un orthoptiste ?
L'orthoptiste intervient sur prescription médicale pour évaluer, dépister et rééduquer les troubles de la vision.
Ces missions sont nombreuses, il doit notamment :
- mesurer l'acuité visuelle des patients adressés par les confrères médecins
- dépister les anomalies oculaires (strabisme, défaut de convergence, troubles de la vision binoculaire)
- réaliser des examens complémentaires (champ visuel, fond d'œil, capacité d'accommodation)
- concevoir et conduire des protocoles de rééducation visuelle personnalisés
- effectuer des bilans orthoptiques transmis aux médecins prescripteurs
- accompagner la récupération visuelle après chirurgie ophtalmologique ou traumatisme
Si les enfants représentent une part importante de sa patientèle, l'orthoptiste prend en charge des adultes malvoyants, des personnes âgées souffrant de pathologies liées au vieillissement oculaire, ou des patients en période postopératoire.
Quelle formation pour devenir orthoptiste ?
Pour exercer ce métier, vous devez obligatoirement obtenir le certificat de capacité d'orthoptiste (CCO). Cette formation dure trois ans après le bac et se prépare dans une quinzaine d'instituts rattachés aux UFR de médecine. L'admission passe par Parcoursup, où la sélection reste sévère en raison du numerus clausus qui limite le nombre de places disponibles chaque année.
Le programme s'articule autour de matières fondamentales : anatomie oculaire, optique physiologique, techniques d'examen, instrumentation, méthodes de rééducation, santé publique et éthique médicale. Dès la première année, vous effectuez des stages cliniques réguliers en milieu professionnel. Ces immersions terrain s'intensifient progressivement pour vous confronter aux réalités du métier avant même l'obtention du diplôme.
Quelles spécialisations pour une orthoptiste ?
Une fois votre CCO en poche, vous pouvez affiner votre expertise en validant un ou plusieurs diplômes universitaires (DU). Ces formations complémentaires, accessibles après quelques années d'exercice, vous positionnent sur des créneaux cliniques pointus et renforcent votre attractivité professionnelle.
Les universités françaises proposent des DU variés selon les spécialités recherchées :
- DU Réadaptation du handicap visuel et Basse Vision (Paris, Lyon, Paris-Saclay)
- DU Exploration de la fonction visuelle (Paris, Lille)
- DU Strabologie (Nantes)
- DU Basse Vision (Lyon)
- DU Neuro-Ophtalmologie (Paris)
- DU Posturologie Clinique (Marseille, Toulouse, Paris, Grenoble)
- DU Troubles des Apprentissages chez l'enfant (Toulouse)
- DU Perception, Action et Troubles des Apprentissages (Lille)
Ces offres peuvent évoluer, consultez les sites des universités pour confirmation des modalités pour l’année en cours.
Les DU sont des parcours de formation de durée variable (de quelques semaines à plusieurs mois). Ces diplômes combinent des enseignements théoriques actualisés et des ateliers pratiques. Ils ouvrent l'accès à des prises en charge complexes (basse vision, troubles neurovisuels, strabisme sévère) et vous permettent de facturer des actes spécialisés mieux valorisés.
Renseignez-vous sur les universités qui proposent le DU correspondant à vos ambitions cliniques. Si vous envisagez une hyperspécialisation, anticipez-la suffisamment en amont pour orienter votre pratique vers ce créneau.
Quelles sont les qualités requises pour devenir orthoptiste ?
La formation vous prépare aux aspects techniques du métier, mais certaines qualités s'avèrent indispensables pour réussir dans cette profession.
Qualités humaines indispensables
Les jeunes patients arrivent souvent crispés face aux examens. Votre pédagogie calme leurs craintes en reformulant les consignes simplement, créant par l'empathie un climat propice à la rééducation. Aucune mesure ne souffre l'approximation : la rigueur accompagne vos gestes, et tous les tests suivent leur protocole pour garantir des résultats exploitables par les médecins.
Vos yeux captent les détails que le patient ignore lui-même, ces compensations visuelles ou ces fatigues qui signalent un dysfonctionnement. Les prises en charge croisées avec ophtalmologues, orthophonistes, psychomotriciens ou professeurs nécessitent une communication fluide pour orchestrer les interventions.
Compétences techniques incontournables
- maîtrise des connaissances en anatomie et physiologie oculaire
- utilisation experte des appareils de mesure et d'examen (réfractomètres, synoptophores, champs visuels automatisés)
- application des protocoles de rééducation orthoptique adaptés à chaque pathologie
Compétences techniques complémentaires
- réalisation de bilans orthoptiques complets et rédaction de comptes rendus médicaux
- connaissance des pathologies ophtalmologiques et de leurs répercussions fonctionnelles
- gestion informatique des dossiers patients et respect des obligations réglementaires RGPD
Quel est le salaire d'un orthoptiste ?
Votre rémunération dépend fortement du cadre dans lequel vous choisissez d'exercer.
- Un orthoptiste en début de carrière touche entre 23 000 et 28 000 euros brut par an (1 780 à 2 170 euros net par mois).
- Les professionnels confirmés gagnent entre 28 500 et 33 500 euros brut annuels, ce qui représente 2 210 à 2 600 euros net mensuels.
Entre la stabilité du salariat et les enjeux du libéral, le montant affiché sur votre fiche de paie pourra fluctuer. À l’hôpital ou en centre de santé, vous misez sur la régularité : un salaire fixe qui progresse à l’ancienneté avec la protection d'un statut de fonctionnaire ou de contractuel.
En revanche, l'indépendance transforme votre pratique en véritable gestion d'activité. Si vos honoraires peuvent atteindre 30 000 à 45 000 euros bruts annuels une fois lancé, ce montant doit couvrir l'ensemble de vos frais : loyer, équipement et charges sociales. Enfin, la géographie dicte ses règles : les zones en manque de praticiens offrent des aides précieuses, là où les grandes villes promettent une patientèle dense mais une concurrence plus marquée.
Les perspectives d'évolution pour votre carrière
Plusieurs années d'exercice ouvrent des horizons variés selon vos aspirations professionnelles.
Travailler dans un hôpital pendant quatre ans vous qualifie pour le diplôme de cadre de santé. Cette formation d'un an vous prépare à encadrer des équipes paramédicales, coordonner un service ou enseigner dans les instituts formant au CCO. Autre trajectoire envisageable: approfondir votre expertise clinique via un ou plusieurs DU de spécialisation (basse vision, strabologie, neuro-ophtalmologie, troubles des apprentissages). Ces compétences pointues vous placent comme référent dans votre structure et attirent des patients nécessitant des prises en charge complexes.
L'installation en cabinet privé marque un tournant majeur. Après avoir constitué votre patientèle comme salarié, vous lancez votre propre structure ou vous associez avec d'autres professionnels de santé (ophtalmologues, orthophonistes). Cette autonomie vous laisse libre d'organiser votre emploi du temps et de développer votre activité, au prix d'une gestion administrative et comptable quotidienne.
Les orthoptistes chevronnés se tournent vers l'enseignement, intervenant comme formateurs dans les instituts préparant au CCO. D'autres s'impliquent dans la recherche clinique, collaborant avec des laboratoires pharmaceutiques ou des équipes universitaires sur des protocoles d'études en ophtalmologie.
Votre futur environnement de travail
Deux univers professionnels distincts s'offrent aux orthoptistes, chacun avec son rythme et ses contraintes propres.
En cabinet libéral, vous organisez librement votre agenda. Vos journées alternent entre bilans orthoptiques et séances de rééducation, dans un espace équipé de projecteurs de tests, mires, prismes et appareils de mesure. Vous recevez vos patients sur rendez-vous : enfants accompagnés de leurs parents en fin d'après-midi ou le mercredi, adultes en journée. Le téléphone rythme vos plages administratives pour gérer les rendez-vous, répondre aux familles ou échanger avec les médecins prescripteurs. Le calme favorise la concentration nécessaire aux examens minutieux, même si les jeunes enfants turbulents bousculent cette quiétude.
Les professionnels qui exercent en milieu hospitalier vivent une autre expérience. Vous intégrez une équipe pluridisciplinaire au sein d'un service d'ophtalmologie, collaborant avec médecins, infirmiers et paramédicaux. Les patients vous sont adressés en interne pour des examens pré-opératoires ou bilans spécialisés. Les horaires suivent une organisation fixe en semaine, avec une charge de travail soutenue liée au flux de patients. Pauses déjeuner et réunions d'équipe ponctuent vos semaines, créant une dynamique collective qui contraste avec l'exercice solitaire en libéral.
Quel que soit le cadre, vous travaillez principalement assis, dans des espaces clos et sombres pour certains examens nécessitant un contrôle de luminosité. Le travail sur écran occupe une part croissante de vos journées, entre saisie des dossiers patients et utilisation de logiciels d'examen.
Avantages et inconvénients du métier
Cette profession médicale offre des avantages évidents et quelques limites à prendre en considération avant de se former au métier.
Avantages
- Métier gratifiant sur le plan humain : Les progrès d'un enfant qui corrige son strabisme ou d'une personne âgée qui retrouve une lecture confortable procurent une vraie satisfaction. Les résultats tangibles de votre accompagnement donnent du sens à votre activité.
- Excellente insertion professionnelle : La pénurie d'orthoptistes garantit de trouver rapidement un emploi après l'obtention du CCO. Les délais de rendez-vous s'allongent partout, signe d'une demande supérieure à l'offre disponible.
- Flexibilité d'exercice : Vous pouvez choisir le salariat pour sa sécurité, le libéral pour son autonomie, ou mixer les deux en cumulant vacations hospitalières et activité en cabinet. Cette souplesse permet d'adapter votre carrière à vos contraintes personnelles.
Inconvénients
- Accès à la formation sélectif : Le nombre de places limité rend l'admission exigeante. La concurrence sur Parcoursup nécessite un excellent dossier en sciences, ce qui peut décourager certains candidats motivés.
- Répétitivité des actes en libéral : Les journées s'enchaînent avec des consultations similaires et des protocoles qui varient peu. Cette routine peut engendrer une lassitude après plusieurs années sans spécialisation.
- Investissement financier en libéral : L'installation en cabinet implique l'acquisition de matériel coûteux, la location d'un local et la gestion des charges courantes. La rentabilité demande plusieurs mois de constitution de patientèle.
Quelle formation continue pour un orthoptiste déjà en exercice ?
Comme l'ensemble des professionnels de santé, les orthoptistes sont soumis à l'obligation de développement professionnel continu (DPC). Ce dispositif vise à maintenir et actualiser vos connaissances tout au long de votre carrière.
Les formations DPC couvrent des thématiques variées : prise en charge des troubles neurovisuels, rééducation de la basse vision, dépistage précoce chez le jeune enfant, nouvelles techniques d'examen du champ visuel, ou encore gestion des troubles de la lecture. Ces sessions mêlent souvent apports théoriques actualisés et ateliers pratiques pour affiner vos gestes techniques.
Vous pouvez également enrichir votre pratique en validant des diplômes universitaires spécialisés évoqués précédemment. Ces formations diplômantes, dispensées sur plusieurs semaines ou mois, vous repositionnent comme expert dans un domaine particulier et vous ouvrent l'accès à des prises en charge complexes mieux valorisées.
Les congrès annuels organisés par les syndicats professionnels (Journées de l'orthoptie, congrès du SNAO) constituent des moments privilégiés pour déc
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