Peut-on devenir architecte sans diplôme ?
Le métier d'architecte est réglementé. Selon le projet professionnel visé, travailler en agence, ouvrir sa propre structure ou exercer un métier connexe comme l'architecture d'intérieur, les diplômes requis et les conditions d'exercice ne sont pas les mêmes. Tour d'horizon des voies possibles.
Architecte : un titre protégé par la loi
En France, le titre d'architecte est encadré par la loi du 3 janvier 1977 sur l'architecture et son article 9. Seule une personne inscrite au tableau régional de l'Ordre des architectes peut légalement le porter. Toute usurpation du titre constitue un délit au sens de l'article 433-17 du Code pénal, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.
Pour être inscrit à l'Ordre, il faut obligatoirement être titulaire du diplôme d'État d'architecte (DEA), délivré après cinq années d'études dans une école reconnue par l'État. Ce diplôme est la condition sine qua non pour porter le titre, que l'on envisage de travailler en agence ou de s'installer à son compte.
Une nuance importante : le DEA seul ne suffit pas pour exercer en indépendant et signer des projets en son nom. Une habilitation complémentaire, l'habilitation à la maîtrise d'oeuvre en son nom propre (HMONP), est nécessaire pour cela. De nombreux architectes diplômés travaillent toutefois toute leur carrière comme salariés dans une agence, sans avoir à obtenir cette habilitation.
Le parcours en école d'architecture : trois cycles, un seul diplôme cible
Les études d'architecture se déroulent dans l'une des 20 écoles nationales supérieures d'architecture (ENSA), placées sous la tutelle du ministère de la Culture. Deux autres établissements délivrent des formations reconnues par l'Ordre : l'École spéciale d'architecture (ESA) à Paris, école privée, et l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Strasbourg, qui propose un cursus d'ingénieur-architecte en cinq ans. L'admission se fait sur dossier après le baccalauréat, via Parcoursup.
Le cursus est organisé en deux cycles principaux. Le premier, en trois ans, débouche sur le diplôme d'études en architecture (DEEA), qui confère un grade de licence. Le second, en deux ans supplémentaires, mène au diplôme d'État d'architecte (DEA), de niveau bac+5. Ce dernier est le seul diplôme permettant de porter le titre d'architecte et de s'inscrire à l'Ordre. Pour l'obtenir, les étudiants doivent effectuer un stage de deux mois et soutenir un projet de fin d'études.
Au programme des cinq années : projet architectural et urbain, sciences et techniques de la construction, histoire de l'architecture, informatique et géométrie, expression plastique. Certaines ENSA proposent des doubles diplômes architecte-ingénieur en partenariat avec des écoles d'ingénieurs, pour les profils souhaitant combiner les deux formations.
L'HMONP, le sésame pour exercer en indépendant
Le diplôme d'État d'architecte permet de travailler comme salarié dans une agence, de conseiller des maîtres d'ouvrage ou d'intégrer la fonction publique. En revanche, il ne suffit pas pour signer des permis de construire en son nom propre ni pour ouvrir sa propre agence. Pour cela, une formation complémentaire est obligatoire : l'habilitation à la maîtrise d'oeuvre en son nom propre (HMONP).
Cette habilitation se prépare en un an, en alternance entre une mise en situation professionnelle et des enseignements théoriques dispensés par les ENSA. Elle est accessible aux titulaires du DEA et peut être suivie à tout moment de la vie professionnelle, y compris plusieurs années après l'obtention du diplôme. À l'issue de cette formation, l'architecte habilité peut s'inscrire à l'Ordre des architectes et exercer en toute indépendance.
En pratique, l'HMONP est indispensable pour quiconque souhaite créer son agence, répondre à des appels d'offres en son nom ou assumer la responsabilité juridique d'un chantier. Sans elle, un architecte diplômé reste limité à des fonctions salariées ou de conseil, sans pouvoir endosser la maîtrise d'oeuvre en tant que responsable légal du projet.
Avec un DEEA, quels débouchés sans aller jusqu'au DEA ?
Le diplôme d'études en architecture n'est pas qu'une étape intermédiaire vers le DEA. Les titulaires du DEEA peuvent entrer sur le marché du travail dès la fin du premier cycle, dans des fonctions d'assistance à la conception. Dessinateur-projeteur, assistant en agence d'architecture ou d'urbanisme, collaborateur en bureau d'études ou en entreprise de construction : autant de postes accessibles avec ce niveau de diplôme.
Ces débouchés restent encadrés. Le titulaire du DEEA ne peut pas porter le titre d'architecte, signer des projets ni assumer la responsabilité d'une maîtrise d'oeuvre. Son rôle est d'appuyer les architectes diplômés sur les phases techniques et graphiques d'un projet : réalisation de plans, modélisation, suivi de dossiers administratifs, coordination avec les différents intervenants.
Cette voie intéresse notamment les personnes qui souhaitent intégrer rapidement le secteur, tester le terrain avant de poursuivre leurs études, ou qui envisagent une reprise du cursus plus tard dans leur parcours. Le DEEA donnant accès au second cycle des ENSA, il reste possible de reprendre les études et de viser le DEA à tout moment, y compris après plusieurs années d'expérience professionnelle.
L'architecte d'intérieur : un diplôme différent, un titre non protégé
Contrairement à l'architecte, le titre d'architecte d'intérieur n'est pas réglementé par la loi. N'importe qui peut théoriquement s'en réclamer, sans diplôme spécifique ni inscription à un ordre professionnel. En pratique, les employeurs et les clients regardent néanmoins de près le niveau de formation : le secteur valorise les diplômés d'écoles reconnues, et deux organismes professionnels, l'UNAID et le CFAI, publient des listes de formations et de diplômes qu'ils cautionnent.
Les voies de formation sont plus variées que pour l'architecture. Un premier parcours passe par un BTS ou un DN MADE (diplôme national des métiers d'art et du design), puis par un DSAA (diplôme supérieur d'arts appliqués) ou un DNSEP option design, pour atteindre un niveau bac+5. Un second parcours consiste à intégrer directement une école privée proposant un cursus de cinq ans conduisant à un diplôme de niveau master, dont la valeur dépend de la reconnaissance de l'établissement.
Le périmètre d'intervention diffère aussi de celui de l'architecte. L'architecte d'intérieur intervient sur l'aménagement, la décoration et la rénovation des espaces intérieurs, sans pouvoir toucher aux structures porteuses ni signer des permis de construire. Pour des travaux impliquant des modifications structurelles, le recours à un architecte inscrit à l'Ordre reste obligatoire dès lors que la surface de plancher dépasse 150 m².
Les spécialisations après le DEA : DSA, DPEA, doctorat
Une fois le diplôme d'État d'architecte en poche, plusieurs formations permettent d'approfondir un domaine précis ou de s'orienter vers la recherche. Ces parcours sont accessibles après le DEA et s'adressent aux architectes souhaitant se spécialiser plutôt que d'entrer directement sur le marché du travail.
Le diplôme de spécialisation et d'approfondissement (DSA) se prépare en un ou deux ans selon les mentions. Quatre orientations sont proposées : projet urbain, maîtrise d'ouvrage, risques majeurs et patrimoine. Ce dernier est notamment dispensé par l'École de Chaillot, département formation de la Cité de l'architecture et du patrimoine à Paris.
Les écoles d'architecture proposent également leurs propres diplômes de spécialisation, les DPEA (diplôme propre aux écoles d'architecture), sur des thématiques comme le design et l'innovation pour l'environnement, l'architecture navale ou la scénographie. Enfin, un doctorat en architecture est accessible en trois ans, en partenariat avec les universités, pour les profils orientés vers l'enseignement ou la recherche.
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